Rondes

I
 
Tes pieds sont las de leurs courses. 
Voici le temps des regrets. 
L'automne a troublé les sources 
Et dévêtu les forêts.
 
Toutes les fleurs que tu cueilles 
Meurent dans tes doigts perclus. 
Comme elles tombent, les feuilles, 
Au bois où tu n'iras plus !
 
L'automne, hélas ! c'est l'automne. 
Songe aux longs soirs attristants. 
Là-bas, en terre bretonne, 
Les glas tintent tout le temps.
 
Ils tintent pour l'agonie 
Des fleurs que tu préférais. 
Ah ! ta moisson est finie ! 
Voici le temps des regrets...
 
II
 
Couche-toi devant ta porte. 
Voici le temps des adieux. 
Ecoute au ras de l'eau morte 
Siffler les tristes courlieux.
 
Ils traînent leurs ailes brunes 
Et leur long corps efflanqué 
Sur la torpeur des lagunes 
Entre Perros et Saint-Ké.
 
Mais demain, ce soir peut-être, 
Tous ces longs corps amaigris, 
Tu les verras disparaître 
Un par un dans le ciel gris.
 
Ô l'amère parabole ! 
Éteignez-vous, pauvres yeux ! 
Les courlis gagnent le pôle : 
Voici le temps des adieux...

Charles Le Goffic - - Le Bois dormant


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