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Poésie au hasard

Espérance

Ô faible esprit, troublé par les doutes suprêmes,
Qui cherches la lumière en ton obscurité,
Arme-toi de croyance et de sécurité,
Cesse de raisonner sur les derniers problèmes.

La raison plonge en vain dans le gouffre éternel
Où s’agitent sans fin les effets et les causes ;
Pour comprendre les lois qui régissent les choses,
Il faut un sens plus pur et plus surnaturel.

Il faut, au lendemain des dernières épreuves,
Avoir interrogé le mystère du sort,
Et, dans cette leçon sinistre de la mort,
En face du néant, cherché les grandes preuves.

Il faut avoir versé le plus pur de son sang
Et de ses propres mains élargi sa blessure;
Si l’amour est plus doux, la douleur est plus sûre ;
C’est dans la nuit du cœur que la clarté descend.

Oui, l’homme est un fantôme et la vie est un rêve ;
À peine nous avons essayé d’être heureux
Que la fleur de nos jours se fane sous nos yeux
Et que dans un tombeau notre songe s’achève.

Mais l’amour immortel survit au noir tombeau,
Et, lorsque nous avons perdu la bien-aimée,
Celle par qui notre âme avait été charmée
À son cierge de morte allume le flambeau,

Le flambeau merveilleux de vie et d’espérance,
Dont le rayon divin nous éclaire ici- bas,
Étoile de salut qui ne s’obscurcit pas
Et dont la flamme d’or luit sur notre souffrance.

Il faut, le cœur percé du glaive des douleurs,
Avoir offert ce cœur sanglant en sacrifice,
Avoir porté sa croix et vidé son calice,
Et bu, jusqu’à la fin, l’amertume des pleurs.

Il faut avoir plié les genoux sur la pierre
Où celle qu’on aimait dort son dernier sommeil ;
Il faut avoir — longtemps — dans des jours sans soleil
Regardé devant soi d’un regard sans lumière.

Il faut avoir marché longtemps, longtemps gémi
Dans le recueillement de cette solitude,
Ayant pour seule joie et pour seule habitude
De vivre avec une ombre et d’en rester l’ami,

L’ami toujours fidèle et pour qui rien ne passe
La cruelle douceur de ces chers entretiens,
Qui voit toujours deux yeux attachés sur les siens,
Et qui songe... en dehors du temps et de l’espace.

Alors, alors le vrai resplendit à nos yeux,
Le verbe enveloppé déchire tous ses voiles,
Au delà de la tombe, au delà des étoiles,
Notre foi reconnaît un monde radieux ;

Une clarté nous guide, une voix nous appelle,
Et, comme un beau lis blanc fleuri sur un cercueil,
L’âme que nous aimons apparaît sur le seuil,
Blanche et pure, et reçoit notre âme tout près d’elle.


Henri Chantavoine -