Les sept innocents de Pleumeur

Assis au bord de la grand'route, 
Les septs innocents de Pleumeur 
Ne savent pas qu'on les écoute.
 
Dans leurs prunelles convulsées 
Un restant de jour tremble et meurt, 
Et l'ombre tisse leurs pensées.
 
Pieds nus, sans chausses et sans linge, 
Les septs innocents de Pleumeur 
Causent, en jupes de berlinge.
 
Et le loriot, dans les chênes, 
Et l'Océan, dont la rumeur 
Gronde autour des îles prochaines.
 
S'arrêtent pour tâcher d'entendre 
Les sept innocents de Pleumeur 
Qui causent à voix lente et tendre,
 
Lente et tendre et confuse ensemble, 
Comme au fond du soir endormeur 
Les soupirs de l'aulne ou du tremble.
 
Mais ce qu'égrènent dans l'espace 
Les sept innocents de Pleumeur 
Reste ignoré du vent qui passe.
 
Et vainement l'homme se penche 
La mer étouffe sa clameur. 
L'oiseau se tapit sur la branche :
 
Aucun d'eux n'a compris en somme 
Les sept innocents de Pleumeur, 
Ni l'oiseau, ni la mer, ni l'homme,
 
Sauf un obscur et doux rimeur.

Charles Le Goffic - - Le Bois dormant


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